2026
Les grands symboles qui ont uni le corps social prennent l’eau. Les deux dernières décennies confirment l’affaiblissement du monde commun, sous l’effet d’un recul de la raison. L’architecture, qui a donné forme aux institutions, n’y échappe pas. Le constat porte sur des faits de société discréditant notamment l’idée d’une vérité commune – négationnismes, complotismes, deepfake – mais également sur la production architecturale, comme en témoignent l’extinction de la pensée typologique, l’absence de critères structurant notre faculté de juger, le manque de repères théoriques et pédagogiques puissants, les doutes sur l’intérêt des savoirs fondamentaux, l’inintelligibilité de certains discours. On observe donc des symptômes comparables dans le champ socioculturel et dans l’espace urbain. Sur nos écrans, les réseaux sociaux véhiculent une fausse image de démocratie où chacun oublie son opinion, tandis que sur notre sol émergent des quartiers où aucune intention ne dépasse le périmètre d’une parcelle à bâtir, offrant le paysage d’une juxtaposition de bâtiments qui ne partagent rien.
Comment recomposer ce qui s’est défait ? existe-t-il des poches de résistance et, s’il en est, quels en sont les ressorts ? Quels principes nous protègent-ils des pulsions, du repli sur soi ? Notre environnement – dont les architectes devraient avoir la responsabilité – n’est-il pas l’ultime garant d’un socle commun ?
On rappellera que la raison a promu les grandes formations politiques et sociales du monde occidental : la cité grecque, le droit romain, la scholastique médiévale, les académies de l’âge humaniste en sont issus. Ce lien existe-t-il encore, ou cette inventivité appartient-elle au passé ? L’œuvre de la raison se situe aussi en arrière-plan du monde bâti, dans les dimensions immatérielles : les savoirs constructifs, les types, les Ordres, la grammaire, la science du plan. Le possible remplacement des architectes par des architectes par des systèmes d’apprentissage automatique pourrait bien accélérer le démantèlement. Ce colloque a pour objet d’interroger le destin de nos sociétés qui semblent désormais vouloir faire l’économie de ce qui les a constituées en propre.
